ccas.frArticle : "Entretien avec Valentine Goby, écrivaine"

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Entretien avec Valentine Goby, écrivaine

ccas.fr • en ligne le 27 Mai 2010

Valentine Goby, auteure de

Valentine Goby, auteure de "Qui touche mon corps je le tue" (Ed.Folio). • photo: Dr/ccas

Cet été, elle présentera "Qui touche à mon corps je le tue" aux vacanciers de la CCAS, un roman qui vient de paraître en Folio.

Les Rencontres culturelles CCAS, une nouveauté pour vous ?
Je trouve que c’est une expérience très intéressante car d’habitude, lorsque je fais des interventions, je vais voir des gens qui m’attendent. Là, il y a quelque chose qui relève d’une forme de défi : aller à la rencontre de personnes qui sont là pour se reposer et se distraire. J’ai envie de leur proposer de me suivre dans l’itinéraire de personnages qui, eux, sont dans un moment de leur vie très grave et très déchirant. Le contraste me plaît assez. Je crois que c’est aussi dans ces moments de vacances que l’on est le plus disponible intellectuellement pour écouter des textes que l’on ne va pas chercher habituellement. C’est peut-être le moment où l’on prend des risques en matière culturelle, où on est le plus à l’écoute de choses pas forcément familières. C’est sûrement une relation intéressante à créer, à nouer.

Ce roman Qui touche à mon corps je le tue s’inscrit dans la continuité du précédent, L’Echappée…
Depuis trois romans, je travaille sur le marquage du corps, le corps comme identité, notamment féminin, et comment ses transformations sont vraiment à la racine de changement profond d’identité. Dans L’Echappée, j’ai travaillé sur les femmes tondues. C’est l’histoire d’une passion amoureuse - tragique et courageuse - d’une jeune fille qui a aimé un soldat allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, un corps marqué par la tonte à la Libération et la maternité qui a suivi. C’est une histoire d’amour multiple.
A partir de ce roman, j’ai voulu dans Qui touche à mon corps je le tue écrire une histoire de l’intérieur du corps. Il s’agit d’une approche un peu plus radicale à travers trois personnages : une avorteuse, un bourreau et une avortée. Trois personnages qui font des choix difficiles, des choix de liberté, qui cherchent quelque part une lumière.

Un acte de liberté ?
Je suis très embêtée quand le corps devient un symbole. Ça le déshumanise ! Cette avorteuse qui a été décapitée est devenue le symbole de la politique de Vichy, le corps de l’avortée le symbole des femmes maltraitées, le corps du bourreau le symbole de l’Etat. Je voulais casser cela, et revenir à une problématique de chair et d’humanité. Parler aussi de désirs et de plaisirs. Tout ce qui touche à la réalité palpable du corps. Je ne crois pas que l’on puisse être en empathie avec un personnage si on ne passe pas par la chair. En se rapprochant du corps, on se rapproche de quelque chose de très animal, de très fonctionnel qui est notre nature première. En tant qu’écrivain, je n’ai pas envie d’écrire sur le côté héroïque de notre civilisation. J’ai envie de travailler sur ce qu’elle a de beau, et c’est aussi ce qu’elle a de faible.

 Stéphane Gravier

 

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